Après avoir goûté aux grandes scènes du Hellfest et du Motocultor,
Heart Attack poursuit son chemin avec la même envie : jouer un metal énergique, accessible sans être formaté, et surtout continuer à s’éclater.
Au Barbeuk Metal Fest, les membres du groupe reviennent sur leurs débuts, leurs influences, leurs souvenirs de scène, les galères techniques et ce que représente aujourd’hui le fait de faire vivre un groupe.
Le tout avec une bonne dose d’autodérision, quelques histoires de potards et une vision plutôt lucide de l’avenir du metal.
« Trash modern français » : trois mots pour présenter Heart Attack
Pour commencer, comment vous présenteriez-vous en trois mots ?
Le groupe : Trash modern français.
Antoine : Ça fait quatre mots.
Le groupe : Non, on a dit « trash modern français ».
Antoine : Ça commence bien. Ça va être brillant, cette interview.
Comment est né le groupe ?
Le groupe : Heart Attack est né en 2006 à Cannes. Ça fait donc très longtemps,
mais on a vraiment commencé à être sérieux autour de 2010-2011, depuis qu’Ikar, notre batteur, est arrivé dans le groupe.
C’est vraiment à ce moment-là qu’on a commencé à se dire qu’il y avait peut-être quelque chose à faire.
Il a donné une impulsion, une envie. Et puis, physiquement aussi, il y avait quelque chose.
Et qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer ensemble ?
Le groupe : En fait, ce n’est pas vraiment qu’on a eu envie de jouer ensemble.
C’est qu’il n’y avait plus le choix ! Il fallait trouver un batteur, trouver des gens qui voulaient jouer avec nous.
C’est venu progressivement.
Si votre musique était un plat au barbecue, ce serait quoi ?
Le groupe : Des ribs. Des ribs mexicaines, avec un petit côté épicé.
Un peu gras, un peu lourd ?
Le groupe : Voilà. Et avec parfois un peu de regret après avoir écouté.
Du thrash à Phil Collins : des influences qui partent dans tous les sens
Qu’est-ce qui vous attire autant dans le metal, alors que c’est une niche ?
Le groupe : On ne sait faire que ça, je crois. Si on avait voulu gagner vraiment de l’argent, il aurait fallu faire de la pop.
Mais comme on n’est pas calés en pop, on n’aurait probablement pas fait beaucoup d’argent non plus.
On est tous tombés dans le metal par différents hasards, souvent au lycée, avec les copains, les modes…
Et parfois aussi grâce à l’éducation musicale. Certains avaient des parents musiciens.
Moi, par exemple, mon père était bassiste dans un groupe de rock.
Et vos influences principales ?
Le groupe : Il y en a tellement que c’est compliqué de répondre.
Personnellement, je reste très groove et thrash pour ce style de musique. J’aime aussi beaucoup le prog.
On est influencés par plein de groupes et de styles différents : Metallica, Machine Head, Gojira, mais aussi Phil Collins, Genesis, Supertramp… Ça part dans tous les sens.
Le groupe : Moi, mes premiers groupes, c’étaient plutôt Scorpions, Guns N’ Roses, Metallica, Slayer. Après, j’ai eu ma période metal extrême, avec le black et le death metal scandinave.
Le groupe : Je crois que tu es le seul dans le groupe à aimer ça.
Le groupe : Non, non, non !
Le groupe : Cette interview commence à devenir une confession.
Metallica, le Hellfest et la claque de la Mainstage
Avec quel groupe rêveriez-vous de partager la scène ?
Le groupe : Metallica. Je pense qu’on va tous dire la même chose. C’est un rêve qu’on n’a pas encore eu l’occasion de réaliser.
Vous avez déjà joué au Hellfest. Qu’est-ce que ça vous a fait ?
Le groupe : Le Hellfest, c’est monstrueux.
Nous, on a été un peu bousculés parce qu’on a appris qu’on allait y jouer seulement trois semaines avant.
Kevin m’appelle un soir : « On va faire un concert en juin. Tu sais où on va jouer ? »
Je lui réponds : « Non. » Et il me dit : « Au Hellfest. » Puis : « Sur la Mainstage. » Bon, d’accord.
Trois semaines pour se préparer, alors qu’on n’était évidemment pas prêts.
On a dû faire une résidence un peu en speed.
Mais on venait de sortir l’album, donc on était quand même bien chargés.
Et finalement, on est arrivés prêts.
C’est impressionnant parce que la Mainstage reste l’une des plus grandes scènes metal d’Europe, voire du monde.
Les musiciens sont aux quatre coins, ils sont loin les uns des autres. C’est immense.
Et nous, on arrive derrière avec notre camion de location, pendant que des groupes américains débarquent avec des gros camions et des trucks.
Il y a quarante personnes qui te tombent dessus pour décharger le matériel. Tu n’es même pas descendu du camion que tu ne comprends déjà plus rien.
Eva: C’est là que tu te sens un peu petit.
Et le concert, justement ?
Le groupe : Ça va très vite. Tu joues une demi-heure, il y a énormément de monde devant toi, et le shoot d’adrénaline est monstrueux.
Les retombées sont assez costaudes aussi.
Tout le monde parle de toi.
Quand tu pars en tournée après, les gens te disent : « On vous a vus sur la Mainstage du Hellfest. »
Ça donne un vrai coup de projecteur au groupe, et les gens te prennent davantage au sérieux.
Est-ce que la Mainstage vous a fait plus rêver que les scènes spécialisées ?
Le groupe : Oui, clairement. Pour moi, la Mainstage, ça représente le groupe mythique absolu.
C’est là que jouent les groupes que j’avais en poster dans ma chambre, comme Metallica.
Eva : Moi, je ne mets même pas un pied à la Mainstage quand je vais au festival. Ça me paralyse. Le côté mainstream, la foule… Ça m’oppresse un peu.
Le groupe : C’est vrai qu’avant, ce n’était pas pareil. En 2012, tu pouvais voir Lamb of God à une heure du matin sans avoir autant de monde. Tu respirais, tu voyais les musiciens passer dans la foule, tu discutais avec eux. Ça n’a rien à voir.
Mais malgré tout, pour moi, la Mainstage reste une consécration.
Un bon morceau, c’est quoi ?
Qu’est-ce qui fait, selon vous, un bon morceau ?
Le groupe : Un gros riff et un rythme régulier.
Un morceau qui donne envie d’être réécouté en boucle.
Le groupe : Et surtout, un morceau qui procure une grosse émotion.
Quelle que soit cette émotion : l’envie de tout fracasser, la peine, la joie… C’est ça, un bon morceau.
Les meilleurs souvenirs : quand le public revient
Quel est votre meilleur souvenir de concert jusqu’ici ?
Le groupe : Pour moi, ce n’est pas forcément d’avoir joué avec Megadeth ou sur la Mainstage du Hellfest.
C’est un concert qu’on a fait à la fin du confinement.
À l’époque, les concerts étaient interdits, et on devait faire un concert retransmis en direct sur les réseaux.
Dix jours avant, la loi a changé et on a pu accueillir du public, assis, dans certaines conditions.
On a été l’un des premiers groupes français à refaire un vrai concert avec des gens devant nous.
Il y avait environ 200 personnes, peut-être un peu moins. Et c’était absolument génial.
Les gens avaient des masques, mais on sentait un bonheur de retrouver les concerts que je n’avais jamais autant ressenti.
On avait peut-être perdu un peu cette sensation avant le confinement, parce qu’on avait trop l’habitude d’aller en concert. Et là, tout est revenu d’un coup.
Eva: C’est vrai que quand tu n’as plus quelque chose, tu comprends à quel point c’est important.
Moi, j’enchaînais les concerts, trois ou quatre par semaine. Et puis, du jour au lendemain, plus rien.
Le groupe : Quand tu retrouves les copains, les gens qui rigolent, qui dansent, ça fait vraiment du bien.
Quand la technique décide de vous compliquer la vie
Quelle a été votre pire galère sur scène ?
William : Ma plus récente, c’était à l’Opéra de Nice. J’étais un peu trop enthousiaste sur un morceau et j’ai frappé ma basse un peu trop fort. J’ai tout arraché et j’ai mis mon potard de volume à zéro sans faire exprès.
Donc, pendant qu’on lançait le morceau, j’ai tout débranché, rebranché, vérifié… Ça ne marchait toujours pas. J’étais là : « Putain, mais qu’est-ce qui se passe ? »
Et d’un coup, je me suis dit : « Si ça se trouve, ce n’est pas que ça. » J’ai tourné mon potard de volume et c’était ça.
Le groupe : Cette histoire résume William.
William : C’est mon côté Pierre Richard. C’est systématiquement con, mais toujours inattendu.
Et au Hellfest ?
Le groupe : Pour moi, c’était cinq minutes avant de jouer sur la Mainstage.
Le chronomètre défilait, et tu vois les minutes passer avant ton show. C’est déjà stressant.
Et là, il y a un énorme buzz d’ampli qui résonne dans toute la scène.
L’ampli était en train de lâcher. Le problème, c’est que si ça arrive une demi-heure ou vingt minutes avant, tu peux encore le changer.
Mais cinq minutes avant, tu ne peux plus.
C’était probablement le plus gros stress de ma vie sur scène.
Le groupe : Moi, je n’ai pas vécu ça comme ça, parce que j’ai l’habitude des galères.
Le groupe : Au Motocultor 2023, c’était mon deuxième concert avec le groupe.
Je n’étais pas encore officiellement membre, je remplaçais quelqu’un. Et on jouait sur la Mainstage devant environ 5 000 personnes.
Pendant les balances, il y a eu un énorme buzz sur mon matériel.
On a essayé de résoudre le problème pendant toutes les balances, mais ça n’a pas vraiment fonctionné.
J’ai fait quasiment aucune balance. Et forcément, pour un deuxième concert avec le groupe, sur une Mainstage, il y avait un léger stress.
Le groupe : Moi, au Motocultor, j’avais un trigger qui ne marchait pas sur la grosse caisse.
Au lieu d’entendre le « brrrr » de la double pédale, tu entends « ta ta ta ta ta ».
Le trigger avait grillé et ils m’ont mis un micro à la place. Ça a fonctionné comme ils ont pu.
Et votre pire souvenir de concert ?
Le groupe : Un vieux concert à Tours, dans un pub. On jouait un soir de match de rugby.
Le pub diffusait le match, et pendant qu’on jouait, les gens avaient le dos tourné pour regarder l’écran.
On était quatre à être regardés. Et ça, c’est un peu la loose.
Le groupe : C’est vrai que je l’ai mal vécu. J’ai fait une psychothérapie depuis.
Le groupe : En plus, ça m’était déjà arrivé avec un autre groupe, sur un match de foot.
Je me suis dit qu’il fallait peut-être que j’arrête la musique. Mais j’ai insisté.
Jouer devant un public qui ne vous connaît pas
Comment fait-on pour jouer devant un public qui n’est pas acquis à sa cause ?
Le groupe : Quand on a joué avec Megadeth, j’appréhendais un peu le public.
Tu es tout seul avec Megadeth, et tu as des fans ultra-ultra-fans devant toi.
J’avais peur qu’ils n’aiment pas notre côté plus énergique, plus vénère, un peu moins metal traditionnel.
Et finalement, quand j’ai vu qu’on arrivait à les faire partir en circle pit et en braveheart, je me suis dit que je n’aurais plus jamais peur.
Après ça, même quand on a joué avec d’autres groupes, je n’avais plus de stress.
On a un style de metal qui peut plaire à beaucoup de monde.
Eva: Je ne dirais pas forcément mainstream, mais plus facilement accessible que certains groupes qui font uniquement du thrash.
Moi, je n’écoute pas de thrash.
Je n’aime pas Metallica, mettez-moi dehors.
Le groupe : Personne n’est parfait.
Le groupe : Souvent, on nous dit : « Je n’aime pas le thrash, mais vous, ça va. » Ça arrive régulièrement.
Des fans, des rencontres et des amitiés
Quel est le truc le plus fou qu’un fan vous ait dit ou fait pendant ou après un concert ?
Le groupe : On ne parle pas aux fans. On n’aime pas les gens. (rires)
Le groupe : Il y a un mec qui nous a fait signer son bras parce qu’il voulait s’auto-tatouer nos signatures.
Le groupe : Il était tatoueur lui-même. Et comme je suis tatoueur aussi, je lui ai fait un symbole de l’infini en guise de signature. Il n’a pas aimé.
Le groupe : C’est un truc que les tatoueurs détestent faire.
Mais au fond, vous les voyez comment, vos fans ?
Le groupe : Moi, je ne vois pas vraiment les gens comme des fans.
Je les vois comme des rencontres, des potes. Dans toute la France, on a des gens qui nous soutiennent. Et ça devient parfois de vraies amitiés.
Sur ce festival, par exemple, il y a Isa et Fifi, qu’on a rencontrés à Nantes.
Ils nous suivent souvent, ils nous font même des cadeaux pour les enfants. C’est trop mignon. C’est vraiment ce genre de choses que je retiens.
On n’a pas forcément de fans hardcore qui se qualifient eux-mêmes comme tels. Mais on a beaucoup de potes.
Le Barbeuk Metal Fest, les ribs et la suite
Qui est le meilleur cuistot du groupe ?
Le groupe : William ne fait jamais à manger.
William : Je me débrouille.
Le groupe : Kevin est très fort.
Après le concert, vous êtes plutôt bière, eau ou directement au dodo ?
Le groupe : Bière. Bière obligatoire.
Et si vous deviez choisir un morceau de Heart Attack pour accompagner le barbecue de ce soir ?
Le groupe : Burn My Sausage.
Qu’est-ce que vous préparez pour la suite ?
Le groupe : Un album et des clips. On a environ 80 % des compositions.
Dans la lignée de ce que vous avez déjà fait ?
Le groupe : Oui, dans la lignée. C’est un cercle infini : l’album, la tournée… Mais le but, c’est vraiment de continuer sur cette lancée.
On est très heureux comme ça et on souhaite que ça continue.
On veut rester dans la médiocrité.
Le groupe : Ça, on sait faire.
Le groupe : On veut rester dans ce qu’on sait faire.
Clips, réseaux sociaux et avenir du metal
Vous parliez des clips. Est-ce que c’est encore utile aujourd’hui ?
Le groupe : Je pense que c’est bien de faire de gros clips pour marquer les esprits.
Mais c’est vrai que ça marche beaucoup moins sur YouTube qu’avant.
Aujourd’hui, il faut aussi réfléchir aux reels, aux réseaux sociaux, à TikTok. C’est ce qui peut vraiment propulser un groupe.
On a beaucoup de gens qui nous découvrent grâce à TikTok.
Eva : Et ça permet aussi de toucher un public plus jeune.
La moyenne d’âge est beaucoup plus basse sur ces plateformes, même si ce qu’ils regardent est souvent plus metalcore.
Le groupe : C’est important de rajeunir le public. Parce qu’il faut aussi penser à la suite. Les groupes qui sont à l’affiche aujourd’hui ne seront pas éternels. Il faudra bien que d’autres prennent leur place. Mais il faudra aussi que le public soit là.
Et comment voyez-vous l’évolution du metal ?
Le groupe : Je trouve que c’est devenu plus difficile de faire des découvertes. Avant, on te filait un CD, une cassette, et tu étais fier de faire découvrir un groupe à ton pote.
Aujourd’hui, beaucoup de gens découvrent les groupes sur les réseaux sociaux. Il y a moins cette interaction personnelle.
Pour moi, la grande force du fan de metal, c’est son côté collectionneur, sa curiosité, son envie de découvrir. Et je trouve qu’on perd un peu ça.
Après, je pense que ça va se transformer autrement. Il y aura sûrement d’autres choses positives pour le metal.
Continuer à jouer, sans perdre le plaisir
Est-ce que faire vivre un groupe est devenu un gouffre financier ?
Le groupe : C’est surtout au début que c’est dur. Aujourd’hui, on arrive à se financer sur nos projets, donc c’est cool.
Est-ce que vous en vivez ?
Le groupe : Non, ce n’est pas le but non plus. Le but, aujourd’hui, c’est de continuer comme ça.
Quand on voit les artistes qui en vivent, ça ne donne pas forcément envie non plus.
Quand la musique devient une contrainte, qu’il faut aller au boulot, que tu ne vois plus ta famille, c’est un autre délire.
Nous, on s’éclate et on s’épanouit sur chaque concert. C’est ça qu’on veut garder.
Un dernier mot ?
Le groupe : Merci aux gens qui font vivre la musique metal, comme vous.
Et merci au Barbeuk Metal Fest, qui fait complet. En ce moment, c’est compliqué, alors bravo à eux.
Merci à tous ceux qui continuent à faire vivre la scène.














