Quatre ans après un premier passage remarqué à la Valley, Point Mort retrouvait cette année le Hellfest sur la Warzone.
Plus affirmé, plus frontal et porté par une identité désormais pleinement assumée, le groupe revient sur son évolution, les neuf mois de préparation de ce concert, la réalité d’un groupe indépendant et l’importance de défendre la scène toute l’année.
Sans langue de bois, avec humour et beaucoup de sincérité, Point Mort livre un entretien à son image.
CHAPITRE 1
Le Hellfest, une histoire personnelle
Avant même d’y monter sur scène, le Hellfest faisait déjà partie de l’histoire de Point Mort.
Pour certains membres, le festival évoque les premiers souvenirs de métalleux, les premiers trajets en voiture et les premiers grands concerts. Aujourd’hui, revenir jouer à Clisson possède une portée bien différente.
« Il y a une vraie charge symbolique »
Eva : Que représente le Hellfest pour vous aujourd’hui ?
Point Mort : On fait chacun notre tour, peut-être. Je ne sais pas si on aura la même réponse.
Moi, il y a un souvenir, pas d’enfance, mais dès que j’ai eu le permis, à peine majeur, et que j’ai pu me déplacer ici par mes propres moyens, je suis venu tout de suite.
C’était il y a un petit moment maintenant. Pendant un temps, je ne suis pas revenu, mais c’est un grand plaisir et beaucoup d’émotion d’arriver à être sur cette scène avec une telle visibilité.
Eva : Ce n’est pas la première fois que vous passez ici au Hellfest, comment ça s’est passé cette fois-ci ?
Point Mort : C’était une grande émotion la première fois. Là, on connaît le terrain, on est plus à l’aise, on est moins fébriles. Je pense qu’on était tous plus assurés de ce qu’on venait faire ici.
La première fois, je pense qu’on se sentait un peu plus perdus, un peu comme si on était arrivés, qu’on avait pris le mauvais chemin et qu’on s’était retrouvés au cul d’une scène.
Là, on était venus pour jouer, on était là et c’était trop bien.
Mais oui, il y a une vraie charge symbolique.
Ce n’est pas n’importe quel festival.
C’est les souvenirs de l’ado métalleux.
Il y a ce truc-là.
Plus qu’un festival
Pour Point Mort, le Hellfest dépasse largement le simple cadre d’un rendez-vous musical. Son organisation, son histoire et l’attachement du public en font un événement à part dans le paysage du métal.
Eva : Vous avez une relation avec le festival ?
Point Mort : Oui. De base, le Fury Fest, l’Hellfest, c’est hyper important.
Jouer ici, il y a toute la famille.
Eva : Ça ne m’étonne pas.
Point Mort : Ça a une portée au-delà de la taille de l’audience, de la taille des scènes, etc.
C’est une saveur vraiment particulière.
Et c’est quand même, accessoirement, le meilleur festival de métal du monde.
Eva : Je ne suis pas allée dans beaucoup, tu me diras.
Point Mort : On a un confort qui est incomparable.
C’est assez exceptionnel en termes de décors, d’organisation.
On ne va pas se mentir.
Eva : On ne peut pas lutter.
Point Mort : C’est vrai.
C’est vraiment trop bien.
CHAPITRE 2
De la Valley à la Warzone
Quatre ans après une première apparition à la Valley, Point Mort a retrouvé le Hellfest dans un tout autre contexte. Horaire plus favorable, scène différente, musique plus affirmée : autant d’éléments qui reflètent l’évolution naturelle du groupe.
« Aujourd’hui, on assume beaucoup plus notre côté hardcore »
Eva : Est-ce que vous avez eu des différences par rapport à la première fois où vous êtes venus ? Soit en termes de public, soit en termes de confort ? Vous avez joué plus tard ?
Point Mort : Oui, on avait joué à 10h30 la première fois, le matin. Et là, à 15h, il y a quand même une sacrée différence.
La première fois, c’était à la Valley. À 10h30, c’est un public hyper attentif, hyper sérieux. Ça a une saveur aussi spéciale. Les gens écoutent vachement.
Et là, à 15h, à la Warzone, dès la première note, ça pète dans tous les sens. C’est le bazar. Ça n’a rien à voir.
Mais les deux étaient vraiment trop bien.
Eva : Vous êtes plus Warzone que Valley ?
Point Mort : Peut-être qu’on colle plus à la Warzone.
L’évolution de notre programmation dans cette scène plutôt qu’une autre est dans le bon sens. Ça a vraiment été dans le même sens que l’évolution du groupe sur les quatre ans qui se sont écoulés.
Avec l’album qu’on a sorti aussi dans ce laps de temps, on est vraiment allés chercher cette base de hardcore qui était présente dès le début, mais qui est maintenant beaucoup plus assumée.
Quand on a produit le dernier album, je ne sais pas si on l’a dit aussi clairement, mais on a vraiment voulu aller chercher une production plus métal, qui était peut-être un truc qu’on n’assumait pas totalement au début.
Au début de Point Mort, il n’était pas question de dire que c’était un groupe de métal. Il y avait cette étiquette post-machin, post-truc, qui marchait avec la Valley.
Maintenant, les histoires de post et les comparaisons avec Amenra et tous ces trucs-là, je crois qu’on n’est plus du tout là-dessus.
Sans renier les albums qu’on faisait avant, je pense qu’on évolue dans un sens qui nous amène vers quelque chose de beaucoup plus hardcore, beaucoup plus frontal, tout en gardant tous les éléments qui font notre musique.
Une évolution qui suit celle du groupe
Le changement de scène n’est pas seulement symbolique. Pour Point Mort, il accompagne une transformation musicale engagée depuis plusieurs années. Plus frontal, plus assumé, le groupe estime aujourd’hui avoir trouvé une identité qui lui ressemble pleinement.
CHAPITRE 3
Un public qui aime découvrir
Les festivaliers sont souvent catalogués par scène. Pourtant, Point Mort voit les choses autrement. Pour le groupe, son public est avant tout composé de curieux qui naviguent naturellement entre les différents univers du Hellfest.
« Les gens se déplacent entre les scènes »
Eva : Vous pensez que votre public a changé ou il vous a suivis ?
Point Mort : Les questions souvent, par rapport aux scènes au Hellfest, sont posées comme si les gens campaient devant la même scène tout le festival. Mais en fait, les gens se déplacent. Ça dépend des gens, évidemment.
Eva : Par contre, il y a des gens que je connais qui vont rester sous l’Altar ou sous la Temple. Le fan de death metal moyen, le fan de doom, bien sûr, évidemment.
Point Mort : Mais il y a quand même ce truc de : les gens qui connaissent Point Mort, ce sont souvent des gens qui sont plus dans la découverte. Les gens qui connaissent Point Mort, ça veut dire qu’ils ont des goûts qui leur permettent d’être intéressés par plusieurs trucs et qui vont faire le trajet entre les scènes.
Eva : Ah ah oui, par exemple moi je vais rarement Warzone. Pour Cancer Bats et c’est tout.
Point Mort : Moi, je n’étais pas inquiet du fait que les gens allaient faire le déplacement d’une scène à l’autre. Des gens qui avaient déjà entendu parler de nous, en tout cas qui étaient familiers avec ce qu’on faisait.
Après, je pense qu’il y avait effectivement aussi une partie de personnes qui campent la Warzone du matin au soir.
Eva : Oui, totalement, j’en connais.
D’un concert à l’autre, un groupe qui grandit
Pour Point Mort, l’essentiel n’est pas seulement de jouer devant davantage de monde. L’objectif est aussi de faire évoluer le projet, sans perdre ce qui fait son identité depuis les débuts.
CHAPITRE 4
Neuf mois pour préparer quarante-cinq minutes
Si le concert semble spontané une fois sur scène, il est en réalité le fruit de plusieurs mois de travail. Résidence, scénographie, lumières, technique, setlist… rien n’a été laissé au hasard.
« Tout a été pensé »
Eva : Et comment vous êtes préparés pour ce concert ? Est-ce que vous vous êtes préparés de manière spéciale ? Est-ce que vous avez fait du sport avant ? Manger sainement ? Dormir bien ?
Point Mort : Ça fait quand même neuf mois qu’on travaille pour ce concert.
Et tout ce que l’on a bossé pour le concert d’hier va être réutilisé pour tous les autres concerts à venir.
On a même fait une résidence vraiment spécifique pendant trois jours sur une grande scène dans la région parisienne.
On a travaillé un décor, on a un pack de lights spécifique, on a toute une scénographie qui a été faite pour cette date-là.
Donc c’est un investissement fort.
Oui, et on a tout réfléchi.
Toute la setlist, tout l’enchaînement, toutes les transitions.
Tout a été pensé.
On s’est pris la tête de malade.
Et puis des trucs moins visibles aussi.
On a révisé tout notre système technique.
Ah oui, on a changé l’intégralité de la façon dont notre show est mis en place.
En fait, il n’y a pas un truc qui n’ait pas été repensé.
CHAPITRE 4
Quand un concert devient un projet
Pour Point Mort, préparer un Hellfest ne se résume pas à répéter une setlist. Le groupe a profité de cette échéance pour repenser entièrement sa façon d’aborder la scène. Un investissement conséquent, pensé comme un nouveau départ plutôt qu’un simple rendez-vous.
« Une nouvelle page pour le groupe »
Eva : Peut-être regarder des images de ce que vous aviez fait lors de votre première prestation et ensuite voir ce que vous aviez à améliorer ?
Point Mort : Oui, puis tous les concerts qu’on a faits entre-temps aussi.
Mais c’est vrai que le point important, c’est que, en tout cas j’ai l’impression, et Damien le disait, on a fait toutes ces réflexions pour cette date-là, mais ça nous a surtout ouvert une nouvelle page pour la suite du groupe.
Tout l’effort de scénographie, tout l’effort de réfléchir à comment on se présente habituellement, c’est un truc auquel on pense depuis un moment.
On avait acheté un peu de déco, on avait un peu réfléchi à ça, mais on ne l’avait pas amené à cette échelle.
Maintenant que ça existe, maintenant qu’on l’a fait une fois, on ne va pas le mettre dans un placard et plus jamais le ressortir.
Un investissement qui dépasse le Hellfest
L’idée n’était pas seulement de proposer un concert exceptionnel pour Clisson, mais de construire un spectacle capable d’accompagner le groupe sur toutes les prochaines dates.
CHAPITRE 5
Le prix d’un concert au Hellfest
Derrière l’image spectaculaire du festival se cache une réalité beaucoup plus terre à terre. Pour un groupe indépendant, chaque amélioration représente un investissement financier important, rarement amorti sur une seule date.
« Il fallait une bonne raison de le faire »
Eva : Un gros concert comme le Hellfest, je veux bien croire que oui.
Point Mort : Ça nous a permis d’avoir une justification pour nos conneries.
Parce que tu ne peux pas mettre des semaines de boulot et les sommes que ça représente…
Eva : C’est ce que j’allais dire.
Point Mort : Je ne dénigre pas les caves, j’adore jouer dans les caves et dans les bars.
Il y a toujours une pure ambiance et on adore ça.
Mais quand on va jouer dans une cave de quarante personnes, on ne va pas réfléchir à savoir si on a assez de scénographie.
On a un peu de déco, ça habille, c’est top et ça fait le travail.
Et il a fallu qu’on ait cette justification pour dire :
« OK, là on a ce truc-là, allez, on y va, on le fait pour de vrai. »
On a fait la dernière chanson du set qu’on a joué hier uniquement pour cette date-là.
On s’était dit que la Warzone, c’est quand même un peu plus frontal, un peu plus festif que la Valley.
On avait envie de faire un truc plus généreux.
Du coup, on a fait le truc à fond et on a kiffé.
On a mis pas mal d’énergie sur ce concert-là depuis neuf mois.
Au-delà des chiffres
Le retour sur investissement ne se mesure pas uniquement en euros. Pour Point Mort, certaines expériences valent davantage par ce qu’elles apportent humainement que par leur rentabilité immédiate.
« On a des paillettes dans les yeux »
Eva : Et dans toutes les billes que vous avez mises, tout l’argent que vous avez mis, vous avez eu un retour sur investissement ou il va falloir quelques dates avant de…
Point Mort : Ah, ça, c’est une question financière. C’est difficile.
C’est un retour sur investissement immatériel.
On a des paillettes dans les yeux.
C’est difficile pour un groupe…
Eva : Enfin, vous n’êtes plus un petit groupe.
Point Mort : Tu sais, tout le reste de l’année, on est un petit groupe.
Dans les faits, je vais peut-être dire des choses qu’il ne faut pas, mais c’est aussi un appel à tous les gens qui sont chez eux, qui voient passer les affiches.
Venez nous voir quand on passe chez vous.
C’est super de venir au Hellfest et de soutenir les groupes au Hellfest.
Mais les groupes, ils tournent toute l’année.
Et nous, on fait des concerts avec la même musique, la même intensité, la même volonté de faire de la musique cool.
Et on amène une quantité de monde infiniment moins grande.
Et ça nous remet à notre place aussi.
C’est super ce que tu nous dis, mais on reste encore factuellement un petit groupe.
Et on cherche à sortir de ça.
CHAPITRE 6
Le Hellfest ne dure que quatre jours
Pour Point Mort, soutenir la scène métal ne se limite pas au Hellfest. Le groupe profite de l’entretien pour rappeler une réalité souvent oubliée : la vie des groupes se joue surtout le reste de l’année.
« Les concerts, ce n’est pas une fois par an au mois de juin »
Eva : Vous avez tous un boulot à côté ?
Point Mort : Oui, bien sûr.
On cherche à grandir, on cherche à faire le mieux.
Mais n’importe quel groupe, s’il se heurte au plafond de ne pas remplir une salle qui est grande, il ne peut pas jouer dans une salle qui est grande.
En fait, si tu fais une année de concerts dans des salles vides, l’année d’après tu ne fais plus les mêmes salles, tu passes à plus petit.
Eva : On est d’accord.
Point Mort : C’est super de venir au Hellfest et d’aller voir les groupes.
Mais allez voir les groupes près de chez vous.
Et allez dans les salles près de chez vous.
Découvrez.
Eva : C’est un gros message, je suis entièrement d’accord.
Point Mort : C’est un truc que tous les groupes disent depuis longtemps.
Les concerts, ce n’est pas une fois par an au mois de juin.
C’est toute l’année.
Donc il faut aller les voir.
C’est ce que j’essaye de dire tout le temps, tout le temps, tout le temps.
Je dis ça et moi-même, on sait qu’après il y a la vie qui reprend le dessus.
Et moi-même, des concerts, je n’en fais pas autant que je voudrais.
Je n’essaie pas de donner de leçons parce que je ne suis pas beaucoup présent dans les salles à Paris.
Point Mort : On fait ce qu’on peut aussi.
Eva : C’est ça. Chacun fait ce qu’il peut.
Point Mort : Mais si on peut soutenir les groupes hors Hellfest, c’est important.
Si jamais vous êtes chez vous un soir, c’est mardi, et vous hésitez entre le concert d’un vrai groupe et juste mettre The Voice, il faut aller voir le groupe.
Eva : C’est sûr. Plus que d’accord.
CHAPITRE 7
Une Warzone en fusion
Après neuf mois de préparation, il ne restait plus qu’à monter sur scène. Très vite, Point Mort comprend que le public est au rendez-vous. L’échange se construit dès les premières notes et ne faiblira pas jusqu’à la fin du concert.
« Si on avait joué deux heures, on serait arrivés dans l’espace »
Eva : Et comment vous avez trouvé l’accueil du public cette année, justement, par rapport à la première année ?
Point Mort : C’était hyper bien dans le sens où, comme je disais tout à l’heure, dès la première note, ça a réagi.
Et on savait que c’était quand même cool d’avoir tourné tout ce temps. Ce n’est pas à dire qu’on le savait, mais on avait déjà eu des échos.
On a tout donné de toute manière. On a vraiment reçu de l’énergie en réponse de ce qu’on a donné.
On ne s’est pas ménagés.
Du coup, la réaction des gens, c’était trop bien.
Il y a eu plein de slams tout le concert.
C’était trop bien.
Ils ont fait tout ce qu’on voulait qu’ils fassent sans jamais qu’on ait donné le moindre indice.
Il y a eu vraiment des réactions, pas qu’on attendait parce qu’on n’attend rien de personne, mais des réactions qu’on imagine.
On se dit :
« À cet endroit-là, ça me fait cet effet. J’espère que les gens aussi. »
Oui, en mode :
« Ce serait cool si… »
Et au final, ça a été ça.
On écrit un morceau sans trop pousser le truc, mais en se disant qu’il y a un break, qu’il n’y a pas moyen que ça ne parte pas en couille.
Juste en jouant le morceau et en étant le plus sincères possible, de fait, pile poil au bon endroit, les gens sont au rendez-vous.
Et ça prouve qu’ils sont à l’écoute.
Que ce soit dans un pit ou plus solennellement, ça reste une qualité d’écoute.
Se mettre sur la gueule dans un circle pit, c’est que tu as eu la qualité d’écoute d’entendre que la musique amenait ça à ce moment-là.
Si le morceau s’arrête et que tu es encore en train de tourner, c’est que tu n’écoutes pas très bien.
Là, l’écoute était super.
Les gens étaient attentifs.
Ils étaient présents.
Ils étaient enthousiastes.
Ils avaient l’air contents d’être là.
On était contents d’être là aussi.
Cet échange-là, ça se nourrit l’un et l’autre.
Nous, on le ressent.
On donne plus, ils donnent plus.
C’est infini.
Si on avait joué deux heures, on serait arrivés dans l’espace.
Une connexion qui ne se calcule pas
Les chiffres, les jauges ou les statistiques importent finalement peu. Ce qui reste, c’est cette sensation d’avoir partagé quelque chose avec le public. Pour Point Mort, c’est cette intensité qui donne tout son sens à un concert.
CHAPITRE 8
Déjà tournés vers la suite
À peine descendus de scène, les regards se tournent déjà vers les prochains mois. Le Hellfest marque une étape importante, mais certainement pas une fin en soi.
« On continue à avancer »
Eva : Je vois. Et du coup, la suite pour vous, c’est quoi ?
Point Mort : C’est comme la suite pour tous les groupes.
On va écrire des morceaux, faire des concerts.
Eva : Il y a quelque chose en préparation ou pas ?
Point Mort : Là, on va essayer de sortir l’inédit.
Je pense qu’on repart sur un peu de composition dans les mois qui arrivent.
On va sortir quelque chose.
Je ne sais pas quand.
On va continuer à faire ça.
Mais on va continuer en parallèle à faire des concerts.
Parce qu’il y a deux ans, on s’était un peu arrêtés de faire des concerts pendant sept ou huit mois pour écrire l’album qui est sorti l’année dernière.
Mais là, on va quand même essayer de faire les deux en parallèle.
Il y a une date cet été, en août, mais elle n’est pas encore annoncée.
On n’a pas le droit d’en parler pour l’instant.
Suivez les réseaux du groupe.
Toute fin août, il y a une date aussi.
On a un peu de dates fin d’été, début d’automne.
Jouer pour les bonnes raisons
Le Hellfest offre une visibilité unique, mais Point Mort refuse d’en faire une obsession. Le groupe préfère profiter pleinement de l’instant plutôt que de construire des attentes impossibles à mesurer.
« On est venus pour kiffer »
Eva : Vous pensez que le Hellfest a débloqué des dates ? Le fait d’être passés au Hellfest ?
Point Mort : J’espère, je ne sais pas.
Le premier Hellfest qu’on a fait, les retombées étaient dures à mesurer.
Ce n’est pas aussi factuel, ce n’est pas aussi tangible.
C’est difficile.
Le fait que ce soit le deuxième qu’on fasse, c’est ce qui est cool.
Ça commence quand même à asseoir quelque chose.
Ce n’est pas là que j’allais.
Ce n’est pas négatif ce que je dis, mais on n’en attend rien.
On est venus pour kiffer.
Et s’il n’y a pas de retombées, on aura kiffé.
Parce que si tu viens en te disant que ça va lancer ta carrière, ça ne veut rien dire parce qu’on est dans le métal en France.
Il n’y a pas de carrière.
Et du métal extrême, hardcore, etc.
Ça ne va pas vous rendre milliardaires.
Eva : Je suis désolée.
Point Mort : On s’est assis dessus, il n’y a pas de problème.
Mais du coup, ça gâcherait l’expérience de venir en se disant qu’on joue notre vie à ce moment-là.
En fait, on vit un pur moment dans un cadre qu’on a l’occasion de toucher une fois tous les trois ans.
On a profité de ça.
C’est une source énorme de fierté d’être revenus, d’être plus haut sur l’affiche.
Le seul message qu’on a, c’est que s’il y a un groupe qui annule demain, nous, on est toujours là.
On est sur le site.
Les instruments ne sont pas loin.
Eva : Ça ne va pas sortir avant demain.
Non, ça ne va pas sortir avant demain, je suis désolée.
Non, je pourrais le mettre.
CHAPITRE 9
La passion avant tout
Au fil de la discussion, Point Mort revient sur une réalité que beaucoup de jeunes musiciens découvrent seulement une fois lancés : monter un groupe demande bien plus que du talent. Derrière chaque concert se cachent des sacrifices, du temps et une passion qui doit rester intacte.
« Si tu n’es pas sûr d’aimer ça pour de vrai, ne le fais pas »
Eva : Quel conseil vous donneriez à un jeune groupe qui veut se lancer ?
Point Mort : Il faut aimer ça.
Il faut aimer ça vraiment.
Il faut adorer la musique parce que c’est vraiment ingrat.
Et il ne faut pas s’attendre à ce que ça marche si tu ne fais pas un truc qui est calibré pour que ça marche.
Eva : Si c’est sincère aussi.
Point Mort : Oui, mais il y a des groupes qui marchent très bien qui ne sont pas sincères.
Je pense que ce n’est pas un gage de succès.
Oui, je suis dans la polémique.
Je n’ai rien à défendre.
Je mets les pieds dans le plat.
Eva : Non, pas du tout.
Point Mort : Si tu as envie de garder la liberté de faire la musique qui te plaît, et que la musique qui te plaît n’est pas la musique qui marche en ce moment, il faut vraiment aimer ça à mort.
Et si tu n’aimes pas ça à mort, si tu n’es pas prêt à sacrifier une partie de ta vie de famille et une partie de ta vie financière…
Parce que clairement, entre les clips, les enregistrements…
Les gens qui sont dans des groupes aujourd’hui, soit ils ont un taf qui leur apporte vraiment bien leur vie et ils peuvent se permettre de le faire, soit ils n’ont pas de mômes.
Pour certains autres, on ne donnera pas de noms.
Ça ne se fait pas, ce n’est pas classe.
Soit ils vivent dans la précarité parce qu’ils ont décidé qu’ils devaient faire ça, et que ce n’est pas grave d’être pauvres et qu’ils mangent des pâtes.
Mais il n’y a pas trente-six mille solutions.
Je n’ai pas de conseil pour faire un groupe parce que je n’ai pas de conseil à donner à personne.
Mais si tu n’es pas sûr d’aimer ça pour de vrai, ne le fais pas.
Je crois que c’est une faute de syntaxe, « fais-le pas ».T
oujours aller un peu plus loin
Au-delà de la passion, Point Mort revendique aussi une exigence permanente. Chaque projet devient un prétexte pour repousser ses propres limites, même si cela complique souvent les choses.
« On se met en PLS constamment »
Eva : Damien, tu as un conseil pour les jeunes ?
Point Mort : Bien sûr, je vais te donner un conseil.
Peut-être juste que c’est énormément de travail.
C’est hyper chiant.
C’est le mot.
Ça fait chier.
Il n’y a pas de glamour.
Il faut toujours travailler son instrument.
Il faut toujours répéter.
Il faut toujours prévoir ses sets à l’avance.
Rien n’est laissé au hasard.
On ne fait pas du blues.
On fait une musique hyper composée.
Il y a des tonnes de partitions.
Nous, dans notre délire, on finit un truc, on a bossé pour faire un enregistrement, et on va encore pousser un peu plus loin pour vraiment se prendre le chou.
Un tout petit peu plus.
On se met en PLS constamment.
Mais on se dit que c’est ça qui nous permet d’aller un tout petit peu plus loin que ce qu’on aurait pensé il y a un an.
Un an avant, on aurait toujours fait le petit bouchon un peu plus loin.
Là, on aurait pu venir comme il y a quatre ans, juste avec une autre setlist un peu plus lisse.
Non.
On revient avec une espèce de décor.
On revient avec un backdrop.
On a mis des paillettes à la fin.
On a fait une chanson spéciale.
On aurait pu ne pas le faire.
On pousse toujours le petit truc pour bien se faire chier, être en PLS.
Ça, c’est notre personnalité.
Eva : Oui, parce que ça fait partie de votre personnalité.
Point Mort : C’est la personnalité du groupe.
Ce n’est pas inhérent au fait d’être dans un groupe.
C’est parce que le seul point commun qu’on a tous dans le groupe, c’est de bien aimer toujours pousser un peu plus loin.
Quand on arrive à un point où on se dit :
« Ah, c’est cool, ça va bien »,
on trouve un truc pour se remettre en PLS.
On a besoin d’être dans un état de PLS constant.
Moi, je pense que ce n’est pas que nous.
Je ne connais pas assez d’autres groupes, mais je pense que c’est un truc de musiciens.
Toujours pousser le bouchon un peu plus loin et vraiment se prendre la tête.
Je n’ai pas d’exemple en tête, mais je pense que ce n’est pas que nous.
CHAPITRE 10
Une conclusion à l’image de Point Mort
Après un échange à batons rompus, l’entretien se termine comme il s’est déroulé : sans langue de bois, avec beaucoup d’autodérision et une sincérité qui fait toute la personnalité du groupe.
« Heureusement, la cassette »
Eva : Un dernier mot pour vos fans ?
Normalement, vous auriez dû travailler cette question puisque vous la posez bien souvent, non ?
Parce que là, je manque d’originalité, on est d’accord.
Point Mort : On a vraiment oublié le budget media training.
On est en impro complète.
Je pense que si on avait vu quelqu’un pour faire un media training, on nous aurait certainement dit de ne pas dire la moitié des trucs que moi je dis.
Eva : Ce n’est pas grave.
En même temps, c’est authentique.
Point Mort : Oui, c’est aussi ce qui nous caractérise.
Ça fait hyper inauthentique de dire que tu es authentique.
Eva : Non.
Point Mort : Mais en vrai, je pense que c’est vraiment une de nos valeurs principales.
On ne sait pas faire autrement.
Pour le dernier mot, on est en train de se perdre.
On peut juste dire merci à tous les gens qui écoutent notre musique.
Après, s’ils l’écoutent, c’est que ça leur plaît.
Donc c’est très bien.
J’espère qu’ils ne se forcent pas.
On peut dire merci à ceux qui se forcent.
Parce qu’ils ont du mérite.
Eva : Moi aussi.
Parce que du coup, ça me fait penser à des concepts.
C’est intéressant.
J’adore.
Point Mort : Si parmi vous, chers auditeurs, il y a des gens qui se forcent à nous écouter, on vous remercie parce que…
Eva : Je ne vois pas comment quelqu’un se forcerait à écouter.
Point Mort : Je ne sais pas.
À l’époque de l’autoradio avec cassette, la cassette s’était coincée.
Et tu écoutais le même truc à ton corps défendant.
Heureusement, il y avait la cassette.
Eva : Et ça, c’est un dernier mot qui marche bien.
Heureusement, la cassette.
Parfait.
Merci beaucoup.
Le mot de la fin :
Au fil de cet entretien, Point Mort n’a jamais cherché à enjoliver la réalité. Le groupe parle avec la même franchise de la fierté de jouer au Hellfest que des sacrifices qu’impose une carrière dans le métal, des mois de préparation nécessaires à un concert ou encore de l’importance de soutenir les salles toute l’année.
Loin des discours formatés, cette conversation dessine le portrait d’un groupe passionné, exigeant et profondément attaché à sa liberté artistique. Une sincérité qui explique sans doute pourquoi, quatre ans après son premier passage à Clisson, Point Mort semble plus que jamais à sa place sur la Warzone.














