Mourir au Hellfest : « Nous, c’est vraiment la ville, l’urbain et la violence urbaine »

Quelques minutes après leur passage au Hellfest, les Toulousains de Mourir reviennent sur leur découverte du plus grand festival metal français, l’accueil du public, leur vision très urbaine du black metal et les évolutions qui ont marqué leur dernier album.

« Être programmé là, c’est dingue »

Eva : Vous avez joué au Hellfest aujourd’hui. C’est complètement dingue pour un groupe aussi jeune.

Qu’est-ce que ça représente, le Hellfest, pour vous ?

Mourir : Le Hellfest, ça représente quand même le plus gros festival français et un des plus gros d’Europe. Donc être programmé là, c’est déjà ouf.

Eva : Tu l’avais déjà fait ?

Mourir : Oui, j’étais venu en 2008.

Eva : D’accord. C’était la deuxième année du Hellfest, je crois.

Mourir : Oui, il n’y avait que trois scènes à l’époque.

Eva : Ah, ça a bien changé.

Mourir : Oui, ça a bien changé. Et oui, être programmé là, c’est dingue.

Eva : C’était quoi la réaction quand vous avez su que vous aviez été programmés ici ?

Mourir : C’était un mélange 50-50 de très content et très stressé.

Eva : Et le stress, ça s’est passé comment ?

Mourir : Ça va. Tu y vas, en fait. Juste tu y vas.

Comme on est myopes, on enlève nos lunettes.

Eva : Sérieusement ?

Mourir : Oui, oui. Moi, j’ai enlevé. Ça nous aide pas mal. C’est vraiment un truc cool.

Tu ne vois pas la foule.

Du Frozen Fest au Hellfest

Eva : Juste une semaine avant, vous étiez au Frozen Fest.

Mourir : Oui, c’est ça.

Eva : C’est quand même un sacré changement.

Mourir : Oui, mais ça, c’était plus facile. Il faisait plus sombre.

C’était au Ferrailleur.

Eva : Oui, au Ferrailleur.

Mourir : Et c’était trop cool.

Mais le Ferrailleur, c’était dur parce qu’on n’avait pas joué depuis un an.

On s’est retrouvés là à jouer notre nouveau set tout d’un seul coup devant tous les copains de Nantes, dans une vraie salle, avec des gens qui viennent en tête d’affiche.

mourir au frozen fest

Eva : En plus, le Ferrailleur, c’est mythique.

Mourir : Et puis là, pour le coup, on était en tête d’affiche, alors qu’au Hellfest, on était en ouverture.

Vraiment, ce n’est pas le même enjeu.

Au Hellfest, j’ai quand même un peu la sensation que deux heures après, le public a oublié qu’il t’a vu, en quelque sorte.

Eva : Je ne pense pas. Je pense qu’il y en a qui viennent découvrir justement.

Mourir : Peut-être.

« L’accueil du public était ouf »

Eva : Vous avez trouvé comment l’accueil du public ?

Mourir : Trop cool.

Franchement, c’était ouf.

Et l’accueil technique aussi était ouf.

Ça, il faut le dire. Les équipes du Hellfest, vraiment, tu arrives, tu es accueilli, laisse tomber.

Techniquement, tu es accompagné.

Il n’y a pas de jugement.

C’est la première fois qu’on joue dans un aussi gros truc.

C’est efficace.

Tu as directement un super son.

C’est bien géré.

Hyper bien géré.

C’est vraiment bien géré.

Eva : Tous les artistes nous le disent, c’est dingue et ça fait plaisir pour vous !

« Nous, c’est la ville et la violence urbaine »

Eva : Avec votre album, vous avez un regard très sombre sur notre époque. Qu’est-ce qui vous a poussés vers cette thématique ?

Mourir : C’est plutôt Olivier. Malheureusement, il n’est pas là.

C’est lui qui écrit les paroles et qui décide un peu des thématiques des disques.

Comme on racontait tout à l’heure, on habite tous à Toulouse.

C’est la troisième ville de France maintenant.

Ça ne paraît pas forcément parce qu’on s’imagine tout de suite Toulouse, la Ville Rose, le Sud-Ouest, le soleil et tout.

Mais c’est quand même une jungle urbaine avec la misère.

C’est une ville de droite.

C’est la ville la plus de gauche avec le maire le plus à droite.

C’est incompréhensible à chaque élection.

Il n’y a que des gens de gauche et le maire est toujours de droite.

La culture en pâtit beaucoup.

Socialement, c’est la galère.

Il y a une genre de suffocation de malade.

Les lois n’arrêtent pas de tomber.

Il y a une violence sociale qui est assez ouf et qui ne fait que monter, notamment dans le centre-ville.

Je crois que la musique qu’on fait, malgré les images du black metal traditionnel où c’est toujours la forêt, la montagne, la Norvège, nous, c’est vraiment la ville, l’urbain et la violence urbaine.

Un black metal très urbain

Eva : Ça me fait penser à Imperial Triumphant qui ont aussi comme sujet de prédilection la ville et son opression.

Mourir : Exactement.

On a joué avec eux à Toulouse d’ailleurs.

C’était génial.

Eva : Ça s’est bien passé ?

Mourir : Oui, c’était super bien.

Ils sont incroyables.

C’était vraiment mortel.

Et le champagne dans le public, c’était un sacré moment auquel je ne m’attendais pas.

On est vraiment sur une thématique très urbaine, très centre-ville et très violente.

On pourrait dire un peu street, d’une certaine manière.

Eva : Ce qui est assez étrange pour du black metal.

Mourir : Oui.

Le changement de bassiste a tout changé

Eva : Qu’est-ce qui différencie cet album de ce que vous avez fait auparavant ?

Mourir : On a changé de bassiste.

C’est vraiment ça, le principal déclic.

On a fait nos deux premiers disques avec Jean à la basse.

C’est un ami à nous de Toulouse.

Puis il a dû quitter le groupe et on a recruté Théo, qui joue aussi dans Bruit.

Il a une approche musicale qui n’a rien à voir.

Beaucoup plus grungy, boomy…

Eva : Donc il apporte vraiment sa patte.

Mourir : Oui, complètement.

Je dirais que c’est essentiellement lui le changement.

Avec le nouvel album, c’est vraiment l’approche de la basse qui fait tout.

Après, il y a aussi le mixage.

Tous nos précédents disques ont été faits avec Amaury Sauvé à Laval.

Mais pour celui-là, Amaury n’avait pas le temps.

On l’a donc fait mixer par Clément Libes, de Bruit également.

Il produit aussi Big Brave et d’autres choses.

Eva : C’est un grand écart.

Mourir : C’est un grand écart.

Mais lui avait très envie de se confronter à un style qu’il ne connaissait pas du tout.

Il a amené une approche de quelqu’un qui n’a jamais écouté de metal.

Je pense que ça apporte une sorte de fraîcheur.

« Les nouveaux groupes sont beaucoup moins gatekeepers »

Eva : J’ai l’impression que les nouveaux groupes qui émergent aujourd’hui sont beaucoup moins dans les a priori.

Et franchement, c’est vachement cool.

Parce qu’il y en a marre de certains comportements.

Moi, en tant que meuf, je prends déjà suffisamment de choses dans la tronche.

Et justement, j’adore cette ouverture des nouveaux groupes qui émergent aujourd’hui.

Mourir : C’est un peu le chemin inverse de tout ça.

Nous, on arrive en connaissant finalement assez peu le milieu.

Et c’est intéressant de se confronter à quelqu’un comme Olivier qui, lui, a fait le chemin inverse.

C’est peut-être ce qui amène quelque chose d’un peu nouveau.

Un vent de fraîcheur.

Eva : C’est complètement mon ressenti.

Mourir : Et puis tu vois bien qu’on est probablement parmi les personnes les moins metal de tout le festival.

On est habillés en noir uniquement pour la scène.

Eva : Ne vous inquiétez pas, il n’y a pas de souci !

Mourir : On n’est pas obligés d’avoir les codes pour écouter du metal.

On n’est pas obligés de rentrer dans des cases.

On a besoin de cette ouverture d’esprit.

« On a l’esprit punk »

Eva : Sur scène, qu’est-ce qui compte le plus pour vous ? La violence, l’émotion, l’immersion ?

Mourir : C’est compliqué.

Enfin non, ce n’est pas compliqué.

C’est juste que tu mélanges un peu tout.

On a quand même un esprit vraiment punk.

C’est ce qu’on veut.

On aimerait que ce soit presque punk en live.

Mais en même temps, on apprécie qu’il y ait un son suffisamment entendable pour que les gens puissent rentrer dedans.

Que ça pète un peu à la gueule.

Et puis le côté immersif, on essaye de l’amener.

Pas forcément avec des effets spéciaux, mais par la musique.

Dans les salles, on essaie aussi d’avoir des vidéos projetées qui apportent une ambiance.

Un côté immersif supplémentaire.

« Il faut nettoyer la scène »

Eva : Quelle est la pire idée reçue sur le black metal aujourd’hui ?

Mourir : Le nazisme.

Eva : Ce n’est pas vraiment une idée reçue malheureusement.

Mourir : Non.

Malheureusement, ce n’est pas une idée reçue.

Et c’est quelque chose qu’il faut vraiment combattre et éradiquer.

Parce que ce n’est pas du tout acceptable.

Il faut nettoyer la scène.

Ce n’est pas possible.

C’est une forme de discrimination comme une autre.

Et dans le black metal spécifiquement, le nazisme a quand même la vie dure.

Il est temps que ça change.

D’ailleurs, ça nous gêne parce que le projet solo d’Olivier s’appelle Vermine.

Et après sa sortie, un nazi a sorti un projet qui s’appelle aussi Vermine.

Certaines personnes pensent parfois que c’est nous.

Alors que pas du tout.

On tient à préciser que ça n’est pas nous.

Nous, on est des gauchias de Toulouse.

Il y en a dans la scène.

Il y en a sûrement ici aussi.

Ignorer le problème ou fréquenter des festivals où ces groupes sont présents, c’est une partie du problème.

Donc oui, il y a beaucoup d’ambiguïtés là-dessus.

Et il faut être clair.

Le mot de la fin

Eva : Un dernier mot pour les lecteurs ?

Mourir : Le nouvel album sort le 10 juillet.

Venez écouter.

Eva : Merci beaucoup.

Achetez le disque.

Et soutenez les artistes.

Mourir : Merci.