Hannah (Asagraum) : l’obscurité comme terrain d’exploration

Le black metal a souvent été associé à l’excès, à la provocation et à l’obscurité. Pourtant, derrière les riffs acérés et l’imagerie occulte, il est aussi un terrain d’exploration personnelle et spirituelle. Hannah, fondatrice, guitariste et chanteuse d’Asagraum, en incarne parfaitement cette vision.

À l’occasion du Muscadeath 2025, la musicienne est revenue sur les racines de son projet, ses influences, sa manière de composer, mais aussi sur la place des femmes dans une scène encore largement masculine. Entre indépendance artistique, quête intérieure et refus des compromis, elle livre une vision du black metal où la sincérité prime sur les étiquettes.

Aux origines d’Asagraum

Girls n’ Nantes : Quelles ont été les principales influences qui ont donné naissance à votre projet ?

Hannah : Au début, j’écoutais beaucoup Watain et Sargeist. Plus jeune, il y avait aussi Mayhem et tous les groupes de l’ancienne génération qui ont lancé le mouvement black metal. Ensuite, j’ai mélangé ces influences avec la scène islandaise plus récente. Aujourd’hui, mes inspirations ont un peu évolué.

Girls n’ Nantes : Comment avez-vous découvert le black metal ?

Hannah : J’avais treize ans. J’ai commencé en regardant la télévision, puis je suis tombée dans un véritable « rabbit hole » grâce à mon père et à Napster. C’est comme ça que j’ai découvert le black metal et que j’ai tout appris.

Une passion avant tout

Girls n’ Nantes : À vos débuts, le black metal était encore un univers très masculin. Aviez-vous des modèles féminins ?

Hannah : Je ne connaissais qu’une seule femme dans la scène. Mais la raison principale pour laquelle j’ai commencé, c’était simplement parce que j’aimais le black metal. Je n’avais pas envie de faire autre chose.

Girls n’ Nantes : Pensez-vous que votre parcours puisse inspirer d’autres femmes à monter sur scène ?

Hannah : C’est possible, et ce serait vraiment cool. Mais ce n’est pas quelque chose auquel je pense particulièrement.

Une musique nourrie par la spiritualité

Girls n’ Nantes : Quelles références, musicales ou extra-musicales, nourrissent votre créativité ?

Hannah : C’est principalement quelque chose de spirituel. Je suis très intéressée par l’exploration de mon esprit et de sa dimension spirituelle. J’ai expérimenté les psychédéliques, l’hypnose et différentes façons d’explorer d’autres dimensions de la conscience. Bien sûr, l’occultisme et le satanisme constituent également des sources d’inspiration importantes, en parallèle de la musique.

Girls n’ Nantes : Le black metal est souvent décrit comme une musique de rupture et de transcendance. Qu’essayez-vous d’exprimer à travers vos compositions ?

Hannah : Parfois, j’essaie d’exprimer le sentiment de puissance que je ressens en étant dans ce monde et en vivant des expériences incroyables. D’autres fois, c’est davantage l’obscurité qui s’exprime. Je peux ressentir beaucoup d’agressivité ou avoir du mal à exprimer certaines choses. C’est pour cela que j’écris des morceaux très différents, avec des sonorités variées, en puisant dans mon état d’esprit du moment.

Girls n’ Nantes : Cette agressivité se retrouve-t-elle dans votre musique ?

Hannah : J’espère bien ! (Rires.)

Composer sans compromis

Girls n’ Nantes : Comment fonctionne la composition au sein d’Asagraum ?

Hannah : C’est moi qui compose les morceaux. Le groupe apporte aussi ses idées, mais je ne dis pas à chacun quoi jouer en permanence, même si j’ai parfois une direction très précise en tête.

Le black metal aujourd’hui

Girls n’ Nantes : Comment voyez-vous l’évolution de la scène actuelle ? Est-elle devenue plus accessible ?

Hannah : Je ne dirais pas qu’elle est devenue plus radicale. Je pense surtout que le black metal est plus populaire. Pendant un moment, la scène semblait s’essouffler, mais aujourd’hui elle reprend de l’ampleur. Je ne pense pas que son essence ait réellement changé.

Entre tournées et écriture

Girls n’ Nantes : Vous tournez beaucoup. Comment vivez-vous ce rythme ?

Hannah : Oui, énormément. Cela demande du temps, mais ce n’est pas un problème. J’aime voyager et partir en tournée. Je trouve cela très enrichissant et ce n’est pas quelque chose qui me fatigue particulièrement.

Girls n’ Nantes : Est-ce difficile d’être une femme dans cet environnement ?

Hannah : Non, pas vraiment.

Chaque lieu façonne la musique

Girls n’ Nantes : Avez-vous déjà de nouveaux projets en tête ?

Hannah : J’aime écrire dans différents endroits. La nature m’inspire énormément. Mon premier album a été écrit dans un lieu bien particulier. Le suivant est né au Mexique, puis le troisième en partie chez moi, aux États-Unis, ainsi que pendant une tournée américaine. Chaque endroit possède une atmosphère différente qui influence directement la musique. C’est pour cela que j’aime changer d’environnement lorsque je compose.

Construire sa propre identité

Girls n’ Nantes : Qu’aimeriez-vous que le public retienne de votre musique ?

Hannah : J’espère que chacun se sentira en sécurité, restera indépendant, prendra soin de lui, construira sa propre identité et suivra les forces cosmiques qui le guident.

Girls n’ Nantes : Quel message adresseriez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent se lancer dans le metal extrême ?

Hannah : Il n’y a pas de barrières. Aujourd’hui, il y a davantage de femmes qu’avant, même si elles restent encore peu nombreuses. Au début, cela nous a certainement donné de la visibilité, mais aujourd’hui nous sommes déjà établis.

Beaucoup de gens pensent qu’une femme fait forcément du black metal symphonique. C’est amusant, parce que notre vidéo la plus connue contient des claviers, alors que je ne joue pas de clavier et qu’il n’y en a jamais eu sur nos albums. C’est assez drôle que ce soit justement cette vidéo qui soit devenue virale.

Je trouve aussi intéressant qu’il existe des groupes de metal extrême qui parlent de satanisme. C’est encore assez rare lorsqu’il s’agit d’un groupe mené par une femme.

« Il n’y a pas de barrières. »

Loin des clichés qui entourent encore le black metal, Hannah défend une vision profondément personnelle de cette musique. Plus qu’un simple exutoire, elle y voit un espace de création, d’introspection et de liberté, où chacun peut tracer sa propre voie. Une philosophie qui traverse l’ensemble de l’œuvre d’Asagraum et qui résonne comme une invitation à rester fidèle à soi-même, sans compromis.