Deux ans et demi après sa création, Revnoir foulait pour la première fois les scènes du Hellfest.
Une Mainstage, un public déchaîné malgré la chaleur, une fanbase qui grandit à vitesse grand V et un groupe qui garde les pieds sur terre malgré une ascension fulgurante.
« On s’est un peu décomposés »
Eva : Une question toute simple : comment vous vivez ce moment au Hellfest ?
Revnoir : Je dirais que chaudement, mais excellemment bien.
On a eu une prestation qui nous a comblés de bonheur. Et on a eu des gens qui étaient au rendez-vous.
Revnoir : Complètement. Et complètement déchaînés malgré la chaleur.
C’était ouf.
Revnoir : C’était impressionnant.
Même aux signatures, les gens faisaient la queue pendant une heure, les pauvres.
Franchement, on a adoré.
On a eu beaucoup de retours positifs et on se sent super chanceux.
Eva : Quand on vous a annoncé que vous alliez jouer au Hellfest, il s’est passé quoi dans votre tête ?
Revnoir : On s’est un peu décomposés.
Eva : De la peur peut-être ?
Revnoir : Pas de la peur, mais beaucoup de…
Je pense que nous, on est un jeune groupe de métal. On a commencé il y a deux ans et demi.
Quand on est Français, le Hellfest, c’est un peu le Graal.
On en rêvait.
On ne peut pas dire qu’on était surpris, mais on ne pensait pas que ça arriverait aussi tôt dans notre petite carrière.
En fait, il y a eu l’annonce du Hellfest.
Mais surtout l’annonce qu’on allait jouer en Mainstage.
Et là, on s’est dit :
« OK. Là, on ne va plus blaguer. »
Monter sur scène comme un groupe
Eva : Vous avez un rituel avant de monter sur scène ?
Revnoir : On le vit ensemble.
On essaie de faire en sorte que les cinq ou dix dernières minutes avant de monter sur scène, on soit ensemble.
On finit l’échauffement ensemble.
On essaie de monter connectés.
De monter comme un groupe et pas comme un musicien, un guitariste ou un chanteur.
On essaie beaucoup de faire ça.
Et là, quand on se regardait juste avant de monter sur scène, on voyait qu’on était sereins.
On a tellement bossé pour ça.
On voulait simplement montrer ce qu’on avait préparé.
Après le Hellfest, quels rêves ?
Eva : Une fois le Hellfest atteint, quel rêve on peut encore avoir quand on est un groupe aussi jeune ?
Revnoir : Être programmés le soir au Hellfest.
Eva : Il y a des groupes qui reviennent plusieurs fois et qui montent à chaque fois sur l’affiche.
Revnoir : Oui.
Mais il y a plein de choses à faire dans ce monde au niveau de la musique.
Il y a des belles salles.
Il y a des concepts à développer.
L’orchestral aussi.
En fait, il y a trop de choses à faire pour une seule vie.
Eva : C’est quelque chose qui vous submerge ou vous avancez étape par étape ?
Revnoir : On essaie de ne pas se disperser parce que sinon on n’en finit pas.
Et puis on est plus dans l’optique de saisir les opportunités que de les créer.
On ne va pas forcément aller demander à participer à tel ou tel projet.
On a déjà la chance de recevoir certaines opportunités.
« On ne s’en rend pas compte »
Eva : Ces derniers mois, on a l’impression que tout s’accélère.
Les concerts s’enchaînent.
Votre fanbase grossit.
Votre nom circule de plus en plus.
Vous le vivez comment ?
Grosse tête ?
Revnoir : Franchement, on ne s’en rend pas compte du tout.
Je te jure.
La manière dont les gens nous perçoivent aujourd’hui, nous, on ne la voit pas.
On se dit juste :
« On espère que ce morceau va plaire aux gens. »
Parce qu’on y a mis du cœur et de l’âme.
Mais c’est tout.
On ne visualise pas du tout l’ampleur que peut avoir un projet comme celui-ci auprès du public.
C’est très compliqué.
Revnoir : Aujourd’hui, il y a énormément de choses qui passent par les réseaux sociaux.
Tu interagis avec des gens, mais ça reste des connexions digitales.
Et tout devient réel quand tu arrives en concert.
Là, tu te rends compte que ce ne sont pas juste des commentaires sur Instagram ou YouTube.
Ce sont des personnes qui ont acheté une place et qui t’offrent leur soirée.
Et c’est là que tout prend vie.
Revnoir : Les personnes qui t’offrent leur temps, c’est hyper touchant.
On le vit comme ça.
C’est une chance.
Composer pour soi… et pour le voyage live
Eva : Quand vous créez, vous créez pour la scène, pour le studio ou pour le public ?
Revnoir : Déjà, on crée pour nous.
Parce qu’on adore le processus de création.
Le fait d’itérer.
De construire.
Une chanson représente toujours un moment donné de ta vie.
Mais c’est vrai que moi, qui m’occupe beaucoup de la composition et de la production instrumentale, je visualise énormément le voyage que j’ai envie de faire vivre aux gens en concert.
En termes d’intensité.
D’émotion.
De styles que l’on mélange.
Eva : Et tu as l’impression que le public reçoit ça comme tu l’avais imaginé ?
Revnoir : Globalement oui.
Les gens ne vont pas faire un wall of death sur une partie calme au piano.
Même si parfois le Hellfest est capable de surprises.
Mais globalement, les réactions correspondent assez bien à ce qu’on imagine.
Revnoir : Moi, quand j’écris les paroles, je suis davantage dans la cinématographie.
Dans le visuel.
Dans l’émotion.
Je suis peut-être plus dans le studio quand je fais ça.
« Cette chanson m’a sauvé la vie »
Eva : Vous pensez que les gens se reconnaissent dans vos textes, dans votre univers et dans votre énergie ?
Revnoir : Oui, complètement.
C’est même ce qui fait que ça marche.
On le sait surtout quand on rencontre les gens après les concerts.
Eva : Vous allez toujours à la rencontre du public ?
Revnoir : Tant qu’on peut le faire, on le fait.
C’est super important.
Et oui, il y a des personnes qui viennent nous dire :
« Cette chanson m’a touché. »
Ou :
« Cette chanson m’a aidé l’année dernière. »
Ou encore :
« J’ai perdu mon père et cette chanson m’a fait me sentir moins seul. »
Et ces choses-là ont un impact énorme.
Revnoir : Ce que ces gens ne savent pas, c’est que quand j’ai écrit ces chansons, moi aussi je me sentais seul.
Et eux me font me sentir moins seul à leur tour.
C’est un véritable échange.
C’est beau pour ça, la musique.
Pour moi, c’est l’essence même de ce pourquoi je fais de la musique.
Une identité construite autour du cauchemar
Eva : Votre identité visuelle est très forte. À quel point tout cela a été réfléchi dès le départ ?
Revnoir : Dès le début, on ne peut pas dire qu’on avait tout réfléchi dans les moindres détails.
Mais on avait déjà certaines bases.
Le nom du groupe a beaucoup dirigé notre univers.
On voulait des clips un peu cauchemardesques.
Des clips qui représentent des émotions réelles qu’on transpose dans le cauchemar.
Revnoir : Quand j’écris des paroles, je visualise déjà énormément.
Et comme on accorde beaucoup d’importance aux clips, cela participe à construire notre storytelling.
Eva : C’est ce qui fait entrer les gens dans votre univers.
Revnoir : Exactement.
Aujourd’hui, beaucoup d’artistes disent que les clips ne servent plus à rien.
Nous, on n’est pas d’accord.
L’image est hyper importante.
Notre musique est très cinématographique.
Le son et l’image vont ensemble.
Même si certains nous disent d’arrêter les clips, on continue.
Parce que pour nous, ça fait partie intégrante du projet.
« Tant qu’on est fiers de ce qu’on fait »
Eva : Quand le succès commence à arriver, est-ce qu’il y a la peur de décevoir ?
Revnoir : Un peu.
Mais on a déjà vécu d’autres projets où on attachait beaucoup trop d’importance à ce que les gens allaient penser.
Aujourd’hui, on essaie surtout de se demander si nous sommes fiers de ce qu’on a fait.
Si on est fiers, alors il n’y a pas de problème.
Et si certaines personnes sont déçues, peut-être que cela convaincra d’autres personnes.
Une chanson représente ce qu’on avait envie de faire à un moment donné.
Donc on l’assume.
Une année folle
Eva : Quel a été le moment le plus marquant de votre année ?
Revnoir : Je crois qu’on est pas mal aujourd’hui.
Le Hellfest est très bien placé.
Mais 2026 a commencé avec notre première tournée.
D’abord en co-headline avec TSS.
Et avec Resolve.
Eva : Ils sont adorables. Je les ai eu en interview l’an passé au Hellfest.
Revnoir : Oui.
On vient de tourner avec eux.
Ce sont de très bons copains.
Des amours.
Ils sont dans le même état d’esprit que nous.
Ils veulent offrir quelque chose aux gens.
Ils y vont à fond.
Et ça nous parle beaucoup.
Le défi de garder un travail à côté
Eva : Vous avez gardé vos boulots à côté ?
Revnoir : Oui.
On a encore tous un travail.
Ce qui rend la vie très intense.
Avec les tournées, les congés payés et les RTT sont déjà explosés depuis longtemps.
Maintenant, on essaie de prendre du congé sans solde quand c’est possible.
Mais les entreprises ne l’acceptent pas toujours.
On a tous des métiers très différents.
Ça crée parfois des tensions.
Mais si tout va bien, on devrait prochainement réussir à passer tous à temps plein sur la musique.
Eva : Je vous le souhaite de tout cœur.
Et soutenez les artistes, achetez du merch.
« La scène française, c’est vous qui la faites »
Eva : Un dernier mot pour les lecteurs ?
Revnoir : Soutenez les artistes.
C’est vous qui nous permettez d’arriver sur ces scènes.
Il y a énormément d’étapes avant d’en arriver là.
Et la scène française, c’est vous qui la faites vivre.
Les groupes n’apparaissent pas comme ça du jour au lendemain.
Ils ont besoin de soutien.
Revnoir : Il faut aussi savoir bien s’entourer.
Ne pas vouloir aller trop vite.
Faire attention aux labels, aux managers, aux agents.
Aujourd’hui, si vous n’êtes pas capables de faire certaines choses vous-mêmes, un label ne règlera pas forcément le problème.
Un label peut faire passer un groupe à l’échelle supérieure.
Mais il faut savoir dans quoi on s’engage.
Nous, on a la chance d’avoir une bonne équipe autour de nous.
Mais il faut être prudent.
Et surtout, continuer à construire les choses sur des bases solides.












