Il y a des choses que l’on laisse derrière soi sans même s’en rendre compte.
Des vêtements qu’on ne remet plus, des styles qui passent, des envies qui changent.
Et puis il y a celles qui restent. Discrètement. Fidèlement.
Les Dr Martens, pour moi, n’ont jamais vraiment disparu.
Mes premières Dr Martens : une histoire d’adolescence
Je me souviens encore de la première fois où j’en ai porté.
J’étais adolescente, à cet âge un peu flou où l’on oscille entre l’envie de rentrer dans le moule
et celle de s’en échapper complètement.
Les miennes avec des fleurs et venaient de la Solderia, j’avais le droit de les porter car elles ont des semelles à Air
donc le podologue avait dit OK. Après moins d’une décénie de semelles orthopédiques, c’était si chouette !
Les Dr Martens, je ne les ai pas choisies parce qu’elles étaient “belles” au sens classique du terme
mais plus car ne passaient pas inaperçues et puis il y avait la rivalité Dr Martens contre Kickers.
Un peu les rockeurs contre les « hippies », à chacun son camp !
Ces boots, c’était ça pour moi. Une manière silencieuse de dire : “je suis là”.
Grandir avec ses Dr Martens
Et puis les années ont passé, forcément.
Et les styles ont changé, les envies aussi. J’ai essayé d’autres chaussures, évidemment.
Des plus fines, des plus “féminines”, comme on dit.
Parce qu’on me l’a suggéré, parfois.
Je me souviens très bien de ces remarques, souvent anodines :
“Tu devrais essayer quelque chose de plus léger.”
“Ça ferait plus féminin.”
“C’est un peu lourd, non ?”
Rien de méchant, jamais. Mais toujours cette petite idée derrière : il y aurait une bonne façon de s’habiller, une bonne façon d’être une jeune femme.
Alors oui, j’ai essayé.
Mais à chaque fois, j’avais cette sensation étrange de ne pas être complètement moi.
Comme si quelque chose clochait, sans que je puisse vraiment expliquer quoi.
Et puis je revenais toujours à mes Dr Martens.
Pourquoi je reviens toujours aux Dr Martens
Ce n’est pas une question de mode. Ni même de style, au fond.
C’est une sensation.
Quand je les enfile, il y a quelque chose de familier.
De rassurant.
C’est comme retrouver un vieux pull qu’on aime bien, ou une chanson qu’on connaît par cœur.
Les Dr Martens, ce ne sont pas juste des chaussures que je porte. Ce sont des chaussures dans lesquelles je me reconnais.
Elles ont traversé des périodes de doute, des moments où je ne savais pas trop qui j’étais ni où j’allais.
Elles étaient là, constantes, alors que tout le reste bougeait.
Et aujourd’hui encore, même si ma vie n’a plus rien à voir avec celle de mon adolescence, elles ont gardé cette place.
Dr Martens et féminité : mon propre équilibre
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait choisir.
Être féminine ou être à l’aise.
Être élégante ou être fidèle à soi.
Porter ce qu’on attend de vous ou porter ce qui vous ressemble.
Les Dr Martens ne rentrent pas vraiment dans les cases.
Et c’est peut-être pour ça qu’elles dérangent un peu, parfois.
Mais avec le temps, j’ai compris que la féminité n’avait pas besoin d’être validée par des chaussures plus fines ou plus discrètes.
Elle peut être multiple. Elle peut être contradictoire. Et elle peut être douce un jour et plus affirmée le lendemain.
Aujourd’hui, porter des Dr Martens avec une robe ou un manteau bien coupé, ça ne me pose plus question.
Ce n’est plus un “mélange de styles”. C’est juste moi.
Des Dr Martens pleines de souvenirs
Ce que j’aime aussi, c’est tout ce qu’elles portent sans qu’on y pense.
Les trajets un peu trop longs, les journées entières passées dehors, les moments importants et ceux qui ne l’étaient pas mais qui restent quand même.
Elles se sont usées, forcément. Le cuir a changé, la semelle aussi. Mais c’est justement ça qui les rend uniques.
On ne garde pas des Dr Martens intactes. On les garde vivantes.
Et quelque part, elles racontent une version de nous-mêmes qu’on n’a pas envie d’oublie
Aujourd’hui, toujours mes Dr Martens
Je pourrais probablement m’en passer. Trouver autre chose. Changer complètement de style.
Mais je n’en ai pas vraiment envie.
Parce qu’au fond, ce n’est pas juste une question de chaussures. C’est une question de continuité. De lien entre celle que j’étais et celle que je suis devenue.
Les Dr Martens me rappellent que je n’ai pas besoin de tout réinventer pour évoluer.
Que certaines choses peuvent rester, même quand tout le reste change.
Et au fond…
Si vous avez, vous aussi, une pièce que vous portez depuis des années, vous comprendrez sans doute.
Ce n’est pas une question de tendance. Ni même de goût.
C’est une question de justesse.
Les Dr Martens, pour moi, c’est exactement ça. Une façon simple, presque instinctive, de me sentir alignée.
Et finalement, c’est peut-être tout ce qu’on cherche, non ?
Et vous c’est lequelle votre pièce doudou ?
Celle que vous avez depuis votre adolescence ?












