Aller voir son artiste préféré en concert, c’est s’engager dans un pacte tacite avec l’imprévisible.
On achète une place pour la musique, on finit souvent avec une histoire improbable à raconter au bureau le lundi matin.
Entre la sueur des voisins, les objets volants non identifiés et les quiproquos monumentaux,
la fosse est un écosystème où la logique humaine semble parfois prendre des vacances.
Voici une plongée dans les souvenirs les plus absurdes, drôles et parfois gênants de ceux qui étaient dans le public.
L’art délicat de la confusion d’artiste
C’est sans doute la hantise de tout fan : se tromper de salle, ou pire, d’artiste.
On va pas le dénoncer avec on va l’appeller Trent, donc Trent est un trentenaire fan de rock indépendant qui se souvient d’un festival à Lyon en 2018.
« J’étais persuadé que le groupe qui montait sur la scène B était un groupe de post-punk expérimental que je suivais sur Bandcamp. J’ai passé 45 minutes à hurler des paroles sombres et engagées en faisant des moulinets avec mes bras. À la fin, le chanteur a dit : « Merci, on était les ‘Joyeux Troubadours’ et on espère que vous avez aimé nos reprises de Disney ». J’étais juste au mauvais endroit, au milieu d’un public familial médusé par ma performance de possédé. »
Dans le même genre, il y a ceux qui confondent les paroles.
Qui n’a jamais entendu un voisin de fosse hurler un yaourt phonétique total sur un refrain mondialement connu ?
Un spectateur raconte avoir entendu, lors d’un concert de Sting, une dame chanter avec une conviction absolue « I’m an alien, I’m a legal tender » (au lieu de legal alien).
Comme si elle revendiquait fièrement d’être une monnaie d’échange !
Les objets perdus (et retrouvés)
La fosse est un triangle des Bermudes pour les objets personnels. Téléphones, chaussures, dignité… tout peut disparaître en un pogo.
Mais parfois, les objets qui circulent sont plus exotiques.
Le soulier voyageur
Lors d’un concert de métal particulièrement agité, Julie a perdu une basket.
« C’est classique, mais ce qui l’est moins, c’est que dix minutes plus tard, j’ai vu ma chaussure passer au-dessus des têtes, brandie par le chanteur qui cherchait la « Cendrillon du moshpit ».
J’ai dû traverser toute la foule à cloche-pied pour aller la récupérer sur scène devant 2 000 personnes. » raconte t’elle
Moi j’ai juste perdu ma chaussure, (je vous l’ai déjà raconté) c’était moins glamour et au final pas grand chose à en dire ^^
Le poulet en plastique
Il existe une tradition étrange dans certains festivals : lancer des objets gonflables.
Mais un spectateur du Main Square raconte avoir vu un homme passer tout le concert de Muse avec un poulet en plastique dans son t-shirt.
Pourquoi ? « Pour que ma copine me repère sur les écrans géants grâce à la bosse bizarre que ça faisait. »
Stratégie validée : ils se sont retrouvés en 30 secondes après le rappel.
Magnifique cette anecdote, non ?
Les rencontres au sommet (de l’absurde)
Le concert est le seul endroit où l’on peut devenir le meilleur ami d’un parfait inconnu pendant deux heures, pour ne plus jamais le revoir.
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Le traducteur de signes : « Au concert d’Eminem, j’étais à côté d’un gars qui ne connaissait aucune parole, alors il mimait tout en langue des signes improvisée. Quand Eminem disait « Godzilla », il faisait le dinosaure avec ses mains. C’était plus divertissant que l’écran géant. »
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Le fan de la première heure : Un spectateur raconte s’être retrouvé à côté d’un homme d’une soixantaine d’années, en costume-cravate, au milieu d’un concert de rap très agressif. L’homme est resté immobile, les bras croisés, un léger sourire aux lèvres. À la fin, il s’est tourné vers son voisin et a dit : « C’est quand même moins bruyant que le baptême de ma petite-fille. »
Les aléas de la technique (vue du public)
Parfois, c’est la technique qui crée le spectacle malgré elle. Et le public ne manque jamais de réagir.
Lors d’un concert de Mylène Farmer, un bug informatique a bloqué une plateforme mobile en plein air.
Une spectatrice se rappelle : « Elle est restée perchée à 5 mètres de haut pendant que l’équipe essayait de redémarrer le système.
Un fan a alors hurlé : « Mylène, descends, j’ai fait des crêpes ! ».
Toute la tribune s’est mise à chanter ‘La ballade des crêpes’ sur l’air de Désenchantée. »
Il y a aussi l’histoire de ce concert de jazz où le micro du saxophoniste a lâché.
Un spectateur au premier rang, qui avait visiblement trop consommé de boissons houblonnées, s’est levé
et a commencé à faire les bruits de l’instrument à la bouche avec une précision terrifiante.
Le groupe a fini le morceau en duo avec lui.
La loi de la fosse : entre solidarité et chaos
La fosse a ses propres règles de physique. Par exemple, la Loi de l’Attraction des Boissons : si vous portez quatre gobelets en plastique, vous devenez instantanément la cible prioritaire de tout mouvement de foule.
« J’avais payé une fortune pour des bières pour mes potes », raconte Tom.
« Un mouvement de foule m’a soulevé. Je n’ai pas renversé une goutte, j’étais porté par la foule comme une divinité païenne offrant le nectar. Le problème, c’est que la foule m’a déposé dix mètres plus loin, devant la sécurité. J’ai dû boire les quatre tout seul avant qu’ils me laissent retourner dans le public. Mes potes m’en veulent encore. »
Les pancartes et les messages
On voit de tout sur les pancartes : des demandes de mariage, des demandes de médiator, ou des insultes affectueuses.
Mais le summum revient à ce fan, lors d’un concert de Coldplay, qui tenait un panneau : « Chris, j’ai tes clés de voiture ».
L’anecdote raconte que Chris Martin s’est arrêté de jouer, a regardé le panneau, a fouillé ses poches avec un air inquiet, avant de se rendre compte que c’était une blague pour attirer son attention.
Le fan a gagné le droit de monter sur scène pour jouer un morceau au piano.
Comme quoi, le culot (et l’humour) ça paye.
Le mot de la fin (ou du début)
En fin de compte, ce qui rend ces moments mémorables, ce n’est pas la perfection acoustique ou la puissance des jeux de lumières.
C’est l’imprévu.
C’est ce moment où 20 000 personnes partagent un éclat de rire parce qu’un technicien a oublié de couper son micro et qu’on l’entend commander une pizza en coulisses.
Le concert est un théâtre vivant.
On y vient pour voir une idole, on en repart avec le souvenir d’un type déguisé en banane qui nous a aidé à retrouver nos lunettes dans la poussière.
Et c’est précisément pour cela qu’on continue de payer des sommes folles pour rester debout pendant trois heures : pour faire partie de la légende, même si notre seul rôle est d’avoir été celui qui a crié « Crêpes ! » au mauvais moment.
Quelques conseils pour votre prochain concert :
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Vérifiez l’artiste : Si le batteur porte un accordéon, vous n’êtes peut-être pas au concert de Metallica.
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Fixez vos chaussures : Le double nœud n’est pas une option, c’est une assurance vie.
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Préparez votre humour : Une bonne pancarte vaut mieux qu’une mauvaise voix.
Et vous, quelle est votre histoire de fosse la plus rigolote ?











