Choisir c’est renoncer = le running order du Hellfest est sorti !

Le Hellfest a sorti son running order il y a quelques jours.
Et immédiatement, partout en France — et même au-delà — des adultes parfaitement fonctionnels ont arrêté ce qu’ils faisaient pour fixer intensément une belle infographie colorée avec des lignes horaires.

On ne parle pas ici d’un simple planning.

Non.

On parle d’un test de personnalité.
>D’un révélateur moral.
>D’un exercice philosophique sur le renoncement.
>D’un Tetris émotionnel où chaque bloc représente un groupe que vous aimez

et où, quoi que vous fassiez… ça ne rentre jamais.

Bienvenue dans la période la plus douloureuse de la saison des festivals :
La semaine du running order.

L’illusion du choix

Quand l’affiche sort, tout est beau.

On entoure les groupes.
>On dit :
« Bon, je veux voir ça, ça, ça, ça… oh et ça aussi. »

On se projette déjà.
>On imagine des journées parfaites.
Des marathons de riffs.
Des couchers de soleil avec un solo de guitare en fond sonore.

On vit dans l’illusion.

Puis le running order arrive.

Et là, tout bascule.

La première claque : la collision impossible

Vendredi – 18h45.

Deux groupes que vous aimez.
>Deux groupes que vous attendez depuis des mois.
>Deux groupes que vous n’avez jamais vus.

Et ils jouent.

En même temps.

Sur deux scènes opposées.

Avec 12 minutes pour traverser un océan de gens.

C’est le moment où votre cerveau commence à faire des calculs absurdes :

« Bon si je vois 25 minutes du premier… puis je cours… puis j’arrive pendant la troisième chanson…

mais si je me fais bloquer par une vague humaine… et si je dois faire pipi… »

Soudain, aller aux toilettes devient une variable stratégique.

Le sprint du festivalier

Tout festivalier a déjà vécu ce moment :

Vous partez en courant.
>Avec votre bière.
>Avec votre sac.
>Avec votre dignité qui reste derrière.

Vous zigzaguez entre les gens.

Vous traversez une marée humaine.

Vous arrivez essoufflé.

Et là…

Le groupe vient de finir la chanson que vous vouliez voir.

Vous êtes arrivé pour les remerciements.

La théorie du « je verrai un peu des deux »

C’est la plus grande illusion du running order.

« Je vais faire moitié-moitié. »

Non.

Vous ne ferez pas moitié-moitié.

Vous verrez :

  • 18 minutes d’un concert
  • 7 minutes de marche
  • 4 minutes coincé derrière un gars de 2m10
  • 3 minutes d’un morceau que vous ne connaissez pas
  • Et la fin.

Vous aurez donc vu aucun des deux concerts correctement.

Mais vous aurez beaucoup transpiré.

Le moment de la trahison

Il arrive toujours.

Vous avez un groupe « prioritaire ».

Un groupe que vous devez voir.

Mais voilà.

Un autre groupe joue en face.

Et vos amis veulent y aller.

Le débat commence.

« Non mais eux on les reverra… »

« Oui mais celui-là c’est rare… »

« Oui mais l’ambiance sera meilleure… »

« Oui mais ils passent de nuit… »

Et soudain…

Vous abandonnez votre groupe.

Vous trahissez vos convictions.

Vous faites un choix.

Et pendant tout le concert…

Vous vous demandez :

« Et si l’autre était mieux ? »

Le FOMO : Fear Of Missing Out Festival Edition

C’est l’angoisse moderne.

Vous êtes devant un concert.

C’est bien.

Mais votre cerveau vous murmure :

« Et si c’était mieux ailleurs ? »

Vous sortez votre téléphone.

Vous regardez les stories.

Vos amis sont sur un autre concert.

Ça a l’air incroyable.

Vous regrettez immédiatement.

Puis vous changez de scène.

Et une fois arrivé…

Vous voyez sur Instagram que l’autre concert vient de devenir légendaire.

C’est un cercle infernal.

Les groupes que vous ne verrez jamais

Chaque festival crée une liste invisible :

Les groupes que vous vouliez voir… mais que vous ne verrez pas.

Parce que :

  • Vous étiez fatigué
  • Vous étiez en train de manger
  • Vous étiez coincé dans la foule
  • Vous avez choisi l’autre
  • Vous avez oublié
  • Vous avez fait une sieste qui a duré 2 heures
  • Vous avez mangé

Et le lundi, vous découvrez :

« Le concert du week-end. »

Et vous n’y étiez pas.

La fatigue : l’ennemi silencieux

Le running order est cruel.

Parce qu’il ne tient pas compte de la réalité humaine :

Vous êtes debout depuis 11h.
>Vous avez mangé un sandwich à 16h.
>Vous avez marché 17 kilomètres.

Et pourtant…

Le groupe que vous voulez voir joue à 1h45 du matin.

Vous dites :

« Je tiendrai. »

Puis minuit arrive.

Puis 00h30.

Puis vous vous asseyez.

Puis vous fermez les yeux.

Puis vous vous réveillez à 3h.

Et le concert est terminé.

Les surprises inattendues

Mais parfois…

Le running order fait aussi des miracles.

Vous allez voir un groupe par défaut.

Parce que rien d’autre ne vous motive.

Et là.

C’est la claque.

Le concert incroyable.

Celui que vous n’aviez pas prévu.

Celui dont vous parlerez pendant des mois.

Le running order vous a forcé.

Et vous avez découvert quelque chose.

Comme quoi.

Même dans la souffrance.

Il y a de la beauté.

Le phénomène du « je passe juste 5 minutes »

Personne n’est jamais passé juste 5 minutes.

Vous dites :

« Je passe voir vite fait. »

Et une heure plus tard…

Vous êtes toujours là.

Avec une bière.

En train de headbanger avec des inconnus.

Et vous avez complètement oublié l’autre concert.

Le drame du dernier jour

Le dimanche.

Vous êtes fatigué.

Vous êtes brisé.

Vous êtes couvert de poussière.

Mais le running order continue.

Avec des groupes énormes.

Et votre cerveau ne suit plus.

Vous prenez des décisions étranges.

Vous allez voir des trucs improbables.

Vous ratez des classiques.

Vous vivez dans une réalité parallèle.

Et puis il y a le lundi

Le lundi.

Vous ouvrez Internet.

Et là…

Les gens parlent des concerts incroyables.

« Le set surprise de folie. »

« L’ambiance historique. »

« Le meilleur concert du week-end. »

Et vous n’y étiez pas.

Mais vous étiez ailleurs.

Devant un concert moyen.

Avec une bière tiède.

Et un hot dog trop cher.

La conclusion philosophique

Le running order nous apprend quelque chose de profond :

On ne peut pas tout voir.

On doit choisir.

On doit renoncer.

Et parfois…

On se trompe.

Mais c’est aussi ça, un festival.

Des choix imparfaits.

Des découvertes inattendues.

Et des regrets.

Des souvenirs absurdes.

Et surtout…

Quoi qu’il arrive.

Peu importe les collisions.

Peu importe les choix.

Et peu importe les renoncements.

Vous finirez toujours :

  • Par voir un groupe incroyable par hasard
  • Par perdre vos amis pendant 2 heures
  • Par retrouver quelqu’un que vous connaissez dans un endroit improbable
  • Par manger quelque chose à 2h du matin que vous ne mangeriez jamais ailleurs
  • Par dire « l’année prochaine je m’organise mieux »

Et surtout…

Vous finirez toujours par faire exactement la même chose l’année suivante :

Ouvrir le running order.

Regarder les collisions.

Soupirer.

Faire des captures d’écran.

Envoyer des messages paniqués à vos amis.

Tracer des flèches.

Créer un planning.

Le modifier 18 fois.

Et finalement…

Ne pas le suivre du tout.

Parce qu’au fond…

Le running order est juste une suggestion.

Le chaos, lui, est obligatoire.

Et honnêtement ?

C’est probablement pour ça qu’on adore ça.

Et vous, vous avez déjà fait votre running order ?

Vous avez souffert ?

 

( ps : avec tout cela j’ai toujours pas vu KMFDM….)